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Quelque part, quelqu'un: Henri Michaux.

Posted by Bona Mangangu on June 19, 2012 at 7:20 PM

 


Quelque part quelqu’un est chien et aboie à la lune

Quelqu’un est né chinoise et maintenant elle a dix-sept ans

Quelqu’un c’est une blonde et sa soeur est vive, véritablement pétulante

Quelqu’un son père est highlander

Quelqu’un. ..et puis ça lui a retenti sur les reins et maintenant fini, il dit qu’il aime autant mourir à l’hôpital

Quelqu’un il a de grosses solives à la maison

Quelqu’un, il veut encore un peu de crème. Mais l’autre quelqu’un, c’est l’existence de Dieu qui le chipote

Quelqu’un vient d’ avoir un moment de fierté qu’il expiera durement

Quelqu’un, il pleut

Quelqu’un, cette fois il pleut fort

Quelqu’un les gens d’à côté rentrent à l’instant

Quelqu’un il n ‘y a pas eu de brise aujourd’hui, et la houle de fond est encore forte

Quelqu’un, il pleut toujours ; mauvais pour le toit

Quelque part, Quelqu’un renait insecte, se nourrissant d’excréments tout le jour, ses antennes trempant dans la substance fétide; essayant de se souvenir d’une vie antérieure, malgré lui, il songe à une future quand les excréments seront plus copieux et plus uniformément répandus de manière qu ‘il y en ait pour tousQuelque chose quelque part est rail, sous un train de six cents tonnes, et plie et vibre, et enfin se redresse

Quelqu’un, zut pour les autres

Quelqu’un, zut pour moi

Quelqu’un porc-épic-clarinette

Quelqu’un, clarinette seulement

Quelqu’un sa pirogue c’est son île

Quelqu’un, sa misère c’est son île

Quelqu’un, sa robe c’est son île

Quelqu’un, son enfance c’est son île

Quelqu’un faire la soupe à la cuisine c’est son île

Quelqu’un, c’est quand les autres parlent, son île

Quelqu’un, il n’a pas d’île

Quelqu’un, il n’a qu’une toute petite île

Quelqu’un, si vous croyez qu’il aimerait ça une île

Quelqu’un, en 1938 plus d’îles, mort aux îles, tous en uniforme

Quelqu’un, un courant d’ air suffit pour mettre son île en danger

Quelqu’un, être en désaccord avec sa famille c’est son île

Quelqu’un, il a plus de fleuve que d’île

Quelqu’un il a plus de barrage que de fleuve

Quelqu’un il a plus d’horizon que de barrage

Quelqu’un, il a plus de savoir que d’horizon

Quelqu’un, il suit plus la pente

Quelqu’un, du talent comme mes bottes

Quelqu’un, diplomate-circonstance

Quelqu’un, plus d’échelles que de pensées

Quelqu’un, pour lui le réveil est une pistache

Quelqu’un, pour lui le réveil est une tasse

Quelqu’un, pour lui l’éveil est une médecine

Quelqu’un, pour lui c’est une glaire

Quelqu’un, pour lui c’est un clou

Quelqu’un, pour lui le sommeil est un melon

Quelqu’un dort dans un lac. Tantôt dans un lac, tantôt dans une citerne

Quelqu’un dort dans une turbine; tantôt dans une turbine, tantôt dans un carrousel

Quelqu’un, il a un sommeil d’agneau

Quelqu’un est de ceux qui se plaisent à gratter un chat sous une bâche

Quelqu’un est de ceux qui n’ont que leur peur à mettre sous le crâne

Quelqu’un est de ceux qui ont cinquante fois vingt ans avant de vieillir

Quelqu’un est métaphysicien-anxieux abdominal

Quelqu’un voit d’un côté les soleils, de l’autre les serpents

Quelqu’un est de ceux qui, même en rêve, ne ressusciteraient pas un sourd de peur d’avoir encore à lui crier a l’oreille: «Va… Vva… Va-t-en, oui, Vvva»

Quelqu’un est de ceux qui aimeraient diriger un orchestre dans un évêché, décorer une paupière sous un dais

Quelqu’un est de ceux dont le secret désir est de publier des cartes d’état-major illisibles même sous les plus fortes loupes

Quelqu’un sans arrosoir n’irait pas dans un caravansérail

Quelqu’un, son piédestal est perdu dans la boue

Quelqu’un a l’âme concentrée

Quelqu’un l’a en loques ou beurrée

Quelqu’un est de ceux qui vers cinq heures ressentent une lourdeur comme une méditation, mais c’est surtout la constipation

Quelqu’un est de ceux qui se préparent à aller voir un fleuve mais à peine arrivés lui tournent le dos. ..sont heureux tout de même

Quelqu’un est de ceux qui préparent un déraillement sur une ligne où jamais depuis dix ans ne passe plus un train

Quelqu’un quelque part s’appelle Lou

Quelqu’un, tout en manchons, est de ceux que leur vie environne quoiqu’ils ne fassent pas grand-chose

Quelqu’un est plutôt entouré de « j’eusse voulu »

Quelqu’un est ami du bois

Quelqu’un est ami de l’eau

Quelqu’un, non, ce n’est pas ainsi qu’il entendait la Vie

Quelqu’un, c’est dans les Mers du Sud, pense-t-il, qu’il

serait bien

Quelqu’un, il y a autour de Quelqu’un quelque chose qui se passe, c’est comme si on balayait. Mais c’est dans la situation et dans la même on aboie.

Quelqu’un, s’il n’y fallait que du fil aux pattes, il serait bien araignée

Quelqu’un est trop sensible pour aimer, ça lui fait mal

Quelqu’un, pour lui l’amour ce n’est qu’un entre-deux

Quelqu’un, pour lui l’amour ça prend la place de mieux

Quelqu’un est de ceux qui se troublent de plaisir à la vue d’un sein par suite, croient-ils, de la couleur rose si exquisément filtrée par la peau qu’elle en est presque blanche

Quelqu’un à une époque plus agitée, le sectionnerait avec un plaisir beaucoup plus grand encore, beaucoup plus secret, plus personnel

Quelqu’un a depuis quelque temps sa méchanceté estropiée

Quelqu’un a de la surdi-sainteté

Quelqu’un, pensant, s’éloigne

Quelqu’un, pensant, se rapproche

Quelqu’un, pensant, se renforce

Quelqu’un, pensant, s’affaiblit et s’anémie

Quelqu’un, il n’a pas de pensée fraîche jamais

Quelqu’un, il n’a de pensée qu’en convois

Quelqu’un, dans le but de penser, pense-t-il, il pense

Quelqu’un, il n’a pas la moelle qui correspond à sa figure

Quelqu’un, on le prend par son pôle et on l’amène tout doucement, tout doucement où l’on veut

Quelqu’un, avec ses quarante-sept chromosomes, c’est un fier imbécile

Quelqu’un, il a aussi sa « Weltanschauung »

Quelqu’un chante pour le fumier voisin

Quelqu’un, le vin rouge lui descend dans la jambe c’est le tannin bien sûr ou c’est la jambe, ou c’est le coeur, ou ce sont les artères, tuyaux de tristesse. C’est le sang bleu qui cherche du repos dans les veines, c’est la défaite, c’est dix ans de perdus dans la vie

Quelqu’un est dans les présupposés

Quelqu’un est dans les tangentiels, les circonférentiels. Fait l’entendu en essentiel

Quelqu’un est pour les pulsions

Quelqu’un est pour le Mythe

Quelqu’un est pour le Matérialisme historique

Quelqu’un ce n’est que du vent

Monsieur est Paléoclimatologue

Quelqu’un est au bar

Quelqu’un est dans l’emboutissage, dans la découpe

Quelqu’un, c’est une antilope dans les Savanes du Katanga

Quelqu’un est genre dépositaire, journalier, exploitant, bougnat, cafetier, concessionnaire, importateur, dépanneur

Quelqu’un est genre miauli-miaula, décolletés de robes, crevés de corsages

Quelqu’un est genre orateur, bombardier. Culasse blindée, hélice synchronisée, train d’atterrissage escamotable. Guerre d’Espagne, révolutionnaire qu’il dit

Quelqu’un est genre syndicat

Quelqu’un est genre acheteur de licences de dirigeables

Quelqu’un de très chic, genre torticolis de platine

Quelqu’un genre « dites bien à vos lecteurs que je les, et que je les et que je les les »

Quelqu’un racoleur, soldat de Dieu, serin de paradis

Quelqu’un qu’il dit

Quelqu’un, c’est lui qui a découvert sur plaques l’objet astral qui a failli télescoper la terre dernièrement

Quelqu’un, soit !

Quelqu’un 000 000 000 01

Quelqu’un 000 000 000 000 03

Quelqu’un est quelqu’un comme une goutte d’eau est une maquette de l’Océan.

Quelqu’un est dans la poroscopie

Quelqu’un, « et s ‘il y a des bacilles dans une hostie ? »

Quelqu’un, douleur. ..sommeil borde de scieries à vapeur et de klaxons furieusement florissants

Quelqu’un a trop de « Quelqu’uns »

Quelqu’un-vipère écartant une feuille, descend vers la victime qui respire paisiblement les yeux fixes sur son bonheur

Quelqu’un-mouche fait de l’hystérie près d’un beau visage dont elle ne sait pas encore exactement ce qu’elle veut sucer

Quelqu’un est un Marquisan mélancholique

Quelqu’un-fourmi entre des falaises de feuilles mortes n’a pas un instant à perdre

Quelqu’un est saucissier

Quelqu’un, c’est quelqu’un de facile à vivre

Quelqu’un ne déparle pas depuis ce matin et maintenant voudrait s’arrêter

Quelqu’un veut atteindre quelque chose

Quelqu’un et un autre quelqu’un s’en entr’empêchent

Quelque chose détermine Quelqu’un et Quelqu’un télécommande quelqu’un et il s’ensuit que quelqu’un n’est plus Quelqu’un comme autrefois

Il est égal pour notre repos que Quelqu’un ne soit plus Quelqu’un ou du moins le Quelqu’un qu’il avait coutume d’être et de présenter aux regards des voisins

Quelqu’un est difficile sur la poésie des autres

Quelqu’un r r r r r…

Quelqu’un tchup… tchup… tchup…

Quelqu’un à cette heure voit la mer, sent l’odeur de la mer, baigne dans l’odeur de la mer

Quelque part il est midi, la pupille de Quelqu’un s’étrécit; après la mort, l’oreille suffit

Quelqu’un il a trop de remparts

Quelqu’un il ne sait pas fleurir en décembre

Quelqu’un ne sait pas faire son nid dans l’acier

Quelqu’un croit au primat de l’esprit sur la matière à l’antécédence de l’idéal sur le réel

Quelqu’un veut que ce soit plus pertinent, plus constitutionnel, plus logique

Quelqu’un ne comprenant plus, bredouille vite un sourire

Quelqu’un d’embarrassé, ce sont deux grenouilles dont on a inversé le sexe

Quelqu’un est pour partager, « j’ai ma pipe dans ta poche, j’ai ta femme dans ma chambre…»

Quelqu’un est fort sur le plat, mais il a accroché son cale-pied de gauche dans la boucle de La Turbie

Quelqu’un, dites plutôt un toquart !

Quelqu’un quelque part crie « Vive la guerre » puis elle monte en première

Quelqu’un n’écoute plus. Il est toujours dans ses échafaudages

Quelqu’un, il est de ceux qui s’agenouillent en mer

Quelqu’un, même dans une flamme il se mouille

Quelqu’un, il y a de la mitraille dans son rire

Quelqu’un est arabe. Le délire de culpabilité n’a jamais été observé chez l’ Arabe

Quelqu’un pour l’ avancement de la Science, a de 926 oeufs d’abeilles tué un jeune serpent venimeux qui fut fort étonné

Quelqu’un stocke des billes d’Okoume au Niger

Quelqu’un Honolulu Loukoum

Quelqu’un Ara à socle

Quelqu’un Fili, golli, golla

Quelqu’un le soleil ne luit plus sur son arbre

Quelqu’un il ne se passe plus rien dans sa rien, plus rien, plus rien, plus rien que le vide, plus rien, plus rien

Il aspire au silence Quelqu’un

Quelqu’un cherche une nouvelle fenêtre.

***

Henri Michaux. La Pléiade, Tome I page 550-555


Dessin, Henri Michaux, Bona Mangangu, crayon graphite, Paris 1999. Collection particulière.


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