Encre de Kin

e

Visitez mon Blog Post New Entry

La dimension héroïque du dandy selon Baudelaire

Posted by Bona Mangangu on August 31, 2017 at 7:30 PM

Ce «spleen» n'est pas sans aller sans le mot «dandy» chez Baudelaire. Que signifiait-il pour le poète et quelle autre conception que celles déjà portées par Byron ou Wilde a-t-il permise?

Le mot «dandy» vient d'Angleterre et date du XVIIIe siècle. À l'origine, il désigne un homme à la mode, superficiel, très soucieux de sa personne. Ce n'est que très progressivement que le dandysme acquiert ses lettres de noblesse. Cela, on le doit d'abord à Barbey d'Aurevilly, qui, en 1845, publie un essai intitulé Du Dandysme et de George Brummell. L'ouvrage, très confidentiel, n'échappe pas à Baudelaire, qui le lit, en parle et en donne un développement très personnel, en 1863, dans son ouvrage sur Constantin Guys, Le Peintre de la vie moderne.

« Baudelaire insiste sur la dimension héroïque du dandy »

Ce qui fait la valeur des textes de Barbey et de Baudelaire, c'est qu'ils sont écrits par des hommes dont le dandysme est tout à la fois une pratique, une esthétique, et une éthique. L'un et l'autre élèvent le dandy pour en faire le représentant d'une philosophie des apparences. Parmi les grands principes du dandysme, il y a la distinction au double sens d'élégance et de différence: Baudelaire recherche l'originalité sous toutes ses formes. Il y a aussi le culte de la beauté, qui ne concerne pas seulement le vêtement. Le beau selon Baudelaire doit être «toujours bizarre», et peut, à l'occasion, prendre la forme paradoxale de la laideur ou du mauvais goût. «Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, dit-il, c'est le plaisir aristocratique de déplaire». Le dandy oppose le culte de la beauté à celui de l'utile auquel sacrifie la société de son temps.

Le dandy a une relation à l'autre très distanciée. Il offre une apparence lisse et cache ses faiblesses et ses souffrances sous un masque impassible. À sa stoïque impassibilité s'ajoute le détachement qui se traduit physiquement par une distance à l'égard d'autrui, voire le refus du contact. «Beaucoup d'amis, beaucoup de gants, - de peur de la gale», dit encore Baudelaire. Détaché, le dandy l'est aussi intellectuellement par sa relative indifférence aux spectacles du monde, par un profond scepticisme et par un tout aussi profond pessimisme.

Davantage que Barbey, Baudelaire insiste sur la dimension héroïque du dandy, comme en témoigne son ami Charles Asselineau: «Ce mot de dandy, Baudelaire l'employait fréquemment dans sa conversation et dans ses écrits, en le prenant dans un sens particulier, - héroïque et grandiose. Le dandy était à ses yeux l'homme parfait, souverainement indépendant, ne relevant que de lui-même, et régnant sur le monde en le dédaignant.»

Alice Devely / Marie-Christine Natta

Categories: None